1 décembre 2009

La mystique du moustique

Tout est pareil. Tout est resté pareil pourtant, les trottoirs gluants, le noir arrosé des petites lumières torves, le froid et la fatigue, incommensurable. Pareil, en pire peut-être. Les fourmis affairées s'agglutinent pareil aux vitrines et aux bas-côtés. Les lapins lapinent pareil sous le vent, sous le grand vent. Je me tâte. Je me sens pareille, emmitouflée dans mon ours, translucide et fugace. Il fait froid.

Pareil, je me suis dit, quand j'ai vu approcher l'heure du loup. Et pourquoi pas. Refaire, c'est déjà faire, et c'est pas donné à tout le monde. Pendant ce temps-là, ça soufflait backwards dans les cheveux des indiens politiciens. J'en avais pris note. Les lettres à mettre les unes sur les autres ahanaient, tellement poussives elles devenaient. Au loin, un typhon se levait. J'ai remis ma montre à l'heure et je suis passée au présent. La matière en ébullition, une lave abondante, lisse comme mercure, réfléchissant à n'en plus pouvoir.


Depuis, quand je regarde par la fenêtre, ses deux pans entrouverts, les buildings des riches heures, grisailles hérétiques tendues vers le ciel, les faisceaux cycliques au loin qui déversent leur impudence, je vois des maisons de poupée superposées, leurs maisons et leurs poupées, je vois en dessus, comme si j'étais au-dessus, je vois loin et le vent me plaque tout à coup l'essence au corps. Il y a une main sur mon épaule. Je sens sa chaleur, sûre. Je regarde devant et je vois en dix dimensions se déplier un pays insensé, suspendu en l'air.


Les jours s'enchaînent, tombent comme des mouches fraîchement enculées, se mordent la queue, c'était la nuit et c'est déjà la nuit, de nouveau. Vides de l'estomac, vides des besoins, pures et tendues comme les tambours leur peau, les heures s'allongent, insignifiantes, similaires, pleines. Il y a sûrement un début et une fin, quelque part, un moment où les yeux se ferment, un point d'accrochage qui signera l'individualité, le schisme de corps souverain, mais vite escamotés, leur rondeur ressemble à s'y éprendre au noeud gordien des absurdistes.

Depuis que ça a commencé, la trame s'enroule, en spirales filles de spirales, mères de spirales, miroirs et voltefaces. Lentes glissades à l'endroit, à l'envers, le long de l'autoroute enrubannée chez Moebius, grand huit à l'adrénaline, grand huit aux boosters incandescents.


Rescapés encore, accrochés aux quelques balises qui restent, l'instinct de survie réduit à la portion congrue tandis que filent les couches cotonneuses un kilomètre au-dessus. Rescapés à peine, du sang et des humeurs aspirés, de la transfusion par dizaines de litres, du coma ou c'est tout comme.


Par la fenêtre, je vois la vie dehors, celle qui était mienne, celle qui sera mienne bientôt. Pareille, toute pareille. Mais le noir a le châtoiement du satin et la pluie ruisselle comme baptème. Le froid qui glisse ses grands doigts dans le col appelle ses petits frères, ceux qui ont le sang chaud, et du regard inquisiteur, intrigué, l'or des questions ruisselle encore en paillettes amusées.


A bout de forces, l'extérieur en contingence totale, la menace aux fonctions vitales, la menace à tout ce qui a été patiemment cimenté, brique après brique. Je laisse la masse s'écraser sur les parois et repartir et s'écraser. A peu de choses près, je la guide. Elle est aussi mienne. Les fractures et les clairevoies fragilisent et laissent passer l'air. L'horizon en déploiement, des escadrilles entières de moustiques se forment au-dessus.


Quand la tour de contrôle aura réellement cessé d'émettre, en mode manuel, la mesure des dommages je pourrai prendre, les yeux mi-clos, une mouche dans la bouche. Du boulot pour les bâtisseurs, du boulot pour les énervés, le sourire et l'oeil en coin, volponiens.

19 novembre 2009

Torréfaction

Je prends un café quand même. Au café où on l'aurait pris. Je prends un café dans le calme, sous le grill des résistances oranges qui font les zones propices. Ces rendez-vous ratés, comme dégageant du temps en rêve. Comme préservant quand même la plage à perte de vue, du bien-être en distillation. Goutte à goutte, j'ai dit oui, si tu veux, pas de problème, bien sûr, et ça a suffi. Il y a de la chaleur derrière, de la chaleur et des sourires. Je ne les ai pas attendus, pas même espérés, et pourtant.

Plus tard, j'irai poser des lettres sur des lettres, me faire mettre ma pâtée. J'ai hâte. Un double-fond à mes soirées qui enguirlande l'avent. Des coulisses taillées sur mesure, quoique impressionnantes. Plus tard, j'irai guetter la gâchette à connerie, histoire d'appuyer dessus au bon moment si on m'en laisse le temps.

Survival of the Sweetest en eau trouble, irisée, des bébés dragons et des serpents de mer hélicoïdés tout autour en entrelacs denses, imbriqués, baroques.

Survival of the Sweetest, Miller-like, dyonisiaque et mûr, mûr comme une grappe de raisins mûrs, pleins, pulpeux. Prête à tomber et à faire schploff par terre. La peau tendue à craquer, la peau reflétant la lumière dehors, rai de soleil sur sombre absorption.


Je me blottis dans mes cheveux en pensant aux tiens, comme si leur édredon se partageait. Je me blottis dans mes cheveux en attendant l'entrée au capital. De rire nerveux en rire nerveux, il faudra bien que la bombe explose, tellement ses fissures baillent aux corneilles et tellement, une fois qu'on en a trouvé la goupille, ça pourrait ressembler à un jeu d'enfant.


Sous le grill incandescent, la tombée de la nuit comme une ouate tranquille, un semblant d'apaisement qui sourd en dedans.

17 novembre 2009

0%

Revenir au riche, revenir au propre après le trek en banlieue associative ; tenter de réconcilier les souvenirs du clochard puant, fils d'oubli et que j'avais cru mort, avec l'aujourd'hui politicien, glacé. Tenter de contrebalancer une ampleur inopportune par le retour à l'outil de production, celui qu'on actionne d'un bouton.

Sur la route, des gargouilles pouffent derrière la gravité des basses. La fin de journée est crème hydratante sur les micro-coupures. Entremêlées au reflux des saltos arrières, les phrases en blanc sur noir s'entortillent lentement autour de la quenouille centrale, celle qui a vue sur les deux hémisphères. Je souris. Coulées, comme moulées haute couture, fondues dans le métal le plus ductile, ce qu'elles racontent ressemble tellement. Pourtant, je secoue la boîboîte pour reprendre mes esprits. J'ai bien peur d'avoir pris du leurre plein ma tartine.

A mater les scènes quand même, d'autres illusions ont volé en éclat, d'autres humilités se sont fait jour. A mater les scènes, du grave dans le poitrail, j'ai pris la mesure de l'insuffisance. Ce que les souples boucles laissaient entrevoir de dureté, ce que se baigner dans l'acide qui digère présageait d'aigreur plus bas. Une bouteille de tea-for-two éclatée sur le carrelage, signe qu'il va falloir s'enduire de discrétion. Mais garder sa lenteur, comme un caviar personnel. Et puis des couleurs explosives se faire un passe-muraille pour échapper aux pince-fesses incurables, trois balles dans ta tête ducon, si je ne dégage pas immédiatement.


Au barrage, aussi, j'ai cru que ça y était, puisqu'elle le disait tout le temps. Mais non, j'avais été gentille, il a juste fallu attendre. Que la pluie dissolve le sucre. Je ne savais pas encore que pendant ce temps-là il se passait autre chose. Même quand j'ai fui les suffocations qui m'éreintaient les tympans, même quand je me suis enroulée dans le rose, la tête dans le radiateur, je ne savais pas. Je ne savais rien. A part qu'il fallait retrouver une certaine sérénité. Comme chaque novembre, turning point anniversaire.


Ailleurs, d'ailleurs, des larves de scorpion attendent encore leur passage en enfer, patiemment.


Délestée des phagocytages embryonnaires, des trompeurs éléphants, mes frères, il ne reste plus qu'à ourser cet hiver qui ne dit pas encore son nom, s'ourler-border en tarte aux questches, replier les bords et fermer les opercules pour que ça sente meilleur à l'intérieur. Il ne reste plus qu'à se rouler en boule. Et espérer le passage du démineur.

5 novembre 2009

Mécanique des fluides

Restart the engine and let it purr, kitten-like. Des bruits étranges qui tranchent, comme des sifflements. Les yeux fermés, paupières closes : seulement les pleins phares, sinon rien. Noyés sous les flaques. Noyés et opérer dans le froid et l'humidité, la graisse et le speed. Pourtant, c'est pas ça.

Je me souviens, je me souviens de ce qu'elle faisait, pour se faire remarquer. Depuis, recours totalement interdit, tellement j'ai vécu l'autre versant. Celui qui prend en main le bordel. Mais j'ai pu remonter, laisser libre cours, est-ce que ça à voir ? Ou est-ce que c'est ce qu'il raconte de ses horreurs, de ses pertes, et tous autour, comme un cercle de flammes ? Pourquoi est-ce que je me sens pareille ? Et en même temps humble. Est-ce que toutes les morts se ressemblent ?

Petits matins, que des petits matins, aux yeux qui brident, qui rougent, qui tremblent. Petits matins fébriles au point que j'en oublie les bonnes manières, au point que je dis très exactement ce que je pense, sans prisme, sans filtre, sans vergogne. Certains y voient de la méfiance, d'autres de jolies choses, d'autres encore, du flou, étreintes pas l'émotion au départ. Ca fuse et je ne m'en rends compte qu'après.

Ninja en mission, j'arpente en parapente, remonte à la force des biceps et me laisse rouler en bas. Trois fois les barrages escamotés sans encombre. Des faisceaux qui balaient en pinceau, larges comme des autoroutes. La chance au clin d'oeil goguenard, accroc minime à la malédiction qui a commencé à tisser sa toile je ne sais même plus comment. Vers laquelle j'ai tendu la main, que j'ai pétrie des doigts, rencontrant ses longs doigts. Dont j'ai flairé la jugulaire avant de tenter de m'enfuir. Mais trop tard...

Ninja en mission, elle dit, essaie de rester tranquille. Pourtant, j'ai caressé du petit gris en boule de ceux qui apaisent, il paraît. Pourtant, je suis restée longtemps dans le canapé, sans trop bouger. Mais c'était parce que je savais que j'allais repartir. Toujours aussi aveugle et toujours aussi aveuglante.

Des phrases embrouillées, hoquetantes, pressantes peut-être, je ne me souviens qu'à peine : l'important étant de contrer, toujours, quoi qu'il arrive. A la fin, le double twist du boyau qui te dit que là, ça déconne plus vraiment. Qui panique et qui demande. Comme un tout petit enfant.

A la fin, chronique d'une estocade annoncée : je suis prête. Je n'ai qu'à fermer les yeux. Je n'ai plus peur.

31 octobre 2009

Little bastards


Little fuckers, ma bête, moi, aller chercher au fond du terrier, ou pas. Même si c'est moi qui ai peut-être cherché. Little fuckers, entretenir, blabla, blabla, ohlalalala, comme c'est beau, euh non ? En fait, je parlais de moi, bien sûr. Little fuckers empêtrés dans leur ego, et il est beau mon ego, dis ? Il est bo ? Allllllez !...

Je viens, je viens pas, je sais pas, je laisse traîner une patte, nonchalamment, je me fais les ongles, ils sont, ohlalala, on dirait bien qu'ils sont un peu bizarres, tordus, t'as pas vu ? Siiii, regarde !!! Mes ongles, quoi, merde... !


Little bastards passent, jettent de la poudre, s'éloignent : j'en ai plein les yeux. Mais s'ils croient que j'ai besoin de mes yeux pour voir, dans les leurs, ils se le fourrent, le truc avec des ongles.

Profitez, profitez, je vous laisse, ça me fait plaisir, même, profitez, mais ne tentez pas de m'oindre. Ne tentez pas de me vessie pour lanternes, trop, non, pas trop. Je l'ai vu. C'est pareil pour elle. C'est pareil. Non, c'est pas pareil : il y a ce que je décide, ce que je veux bien et il y a ce qu'on chantage, ce qu'on abuse, un peu.

Et ça, je suis entraînée, je sais le reconnaître. Obtempéré, le temps de, pas besoin de soubresauts, mais histoire écrite en dedans. Histoire transparente, lisse comme de l'eau de moche.


Du rien, embrouillamini de rien, comme si je connaissais pas le scénar à l'avance. Comme si je venais d'être née.

Little fuckers, jouer, je vous laisse. Il suffit maintenant. Je suis fatiguée. Mais vous m'avez bien fait rigoler.

28 octobre 2009

Gimme the Kick!

Gimme the kick! C'est là, je le sens, depuis des semaines, maintenant. C'est là, et ça grandit et ça m'énerve, et ça grandit. Mais ça veut pas. Encore une fois, ça veut pas. J'attends le moment d'extatique partance qui mettra le feu aux poudres. Je l'attends. Blasée.

Tout est prêt ou presque. Je continue à m'abreuver silencieusement, patiemment, à m'imprégner comme si la source était ailleurs. Mais le kick ne viendra pas de là. Le kick ne viendra pas non plus des lobotomies de fin de semaine, tellement je les connais. Tellement elles me fatiguent, maintenant, tellement elles sont pareilles. Ou non ?

Gimme the kick et j'aurai qu'à laisser dérouler, ensuite. Juste secouer les dernières chaînes, abattre les dernières cloisons, juste reprendre des forces.

Et attendre.

26 octobre 2009

Urse me Tender

Dormir au milieu des chiens. Ou plutôt m'imprégner de leur endormissement. J'ai dit "j'ai un chien qui ronfle comme ça". En repensant à elle, qui se berçait de nos discussions exoplasmiques de milieu de nuit, sa blondeur calée dans le velours pourpre, j'ai fait pareil.

Ils n'ont pas compris, se sont demandé longtemps, ce que je faisais là. Est-ce qu'ils avaient une certaine mission à accomplir ? Est-ce que l'un dérangeait l'autre ? Moi, j'ai rien dit. Je voulais juste dormir. Contrer la petite mort à venir par le rassemblement, la chaleur d'étable. Je leur ai dit plusieurs fois "chhhhttt, arrêtez !". Les codes ont la vie dure : est-ce qu'on a quand même le droit d'y mettre ce qu'on veut dedans ? Si non, je m'en fous, je le prends...

Terrassée, donc, affaissée sous le marron de la laine qui gratte. Inconscience naturelle. Eviter les zigzags sur l'autoroute, éviter l'horreur, si possible, on sait jamais, un jour je me rattraperai moins bien. De leur concert de nasilleries plus tard, un mélange de répulsion et d'apaisement. D'agacement et de réassurance. Déjouer l'attaque, contourner les dogmes animaux, juste rester. Moi, rien. Retournée en banquise.

Hibernation précoce.

3 octobre 2009

Vif argent

Que de quoi ? Des pelotes basques dans les nerfs qui tressautent un peu en fin de déroulement hebdomadaire, fébrile fibrillation, pathétique, mais presque. Chargement de semaine, du lourd, et du relourd qui pèse sa contrainte. Elle dit "je veux profiter de tout, maintenant". Je repense à nos affichettes en bourse "We want money, and we want it now", naïves que nous étions, boucles d'or et moi. Le piège qui a failli nous prendre.

Par derrière, des étoffes se tissent, les arachnées légères et attentives, une patte à droite, une patte à gauche. J'oscille entre le oui et le non, méconnaissable. Devant le festin nu, faire la fine bouche une dernière fois, pour bien marquer son genre féminin. Faire la fine bouche mais sentir les effluves qui montent en volutes sourdes. Comment ils s'enroulent tranquillement autour de mes barricades, tranquillement, danse du ventre incorporated. Rien à foutre. Et c'était ça qu'il fallait faire. Je dis ok, ok, soit, mais cloisonnons, my dear, cloisonnons. Les enchevêtrements créer des golems incontrôlables. Il ne faut pas. Chaque place à sa place. Et les loups seront bien gardés.


Ranger dans des tiroirs, ça ne me ressemble pas. Dans les tiroirs, il y a autant de bordel qu'à l'extérieur, juste des contenants, ils s'avèrent. D'autres contenants, plutôt que rien et la sauvagerie du manque de bornes. Mais à faire comme les gens bien font, la petite satisfaction de pouvoir choisir. La petite économie humaine. La gestion des ressources. Plutôt que la romantique expectoration. Plutôt que les sursauts, les palpitations, les transpercements à vif. L'idée est atroce, mais c'est ce qu'il faut, pour vieillir tranquille, pour que plus jamais de ces yeux ne fuse l'interrogation apeurée.


"Pas très rock n'roll", il aurait dit. Et j'aurais été d'accord. Mais, quoi ? Méthode et lucidité. Les petits tremblements officient donc en interne, empêchent le décollage, empêchent la souplesse. Les corps gluants m'arrachent certains agacements. Que je tais à grand peine. Tellement je comprends. Mais ici et ailleurs, je ne peux pas tout le temps être. Après, je me doute que ce sera plus pareil. Je me doute que la mayonnaise ne prendra plus comme avant, qu'un stade aura été atteint, et une tribune réservée. Chacun dans sa niche, les regards mentent mal, faisceaux croisés indirects, ricochets contre les piliers, non soutenus cette-fois ci, par celui qui s'y entend, mais chacun dans sa niche. La toile s'agite un peu, ça frise aux encoignures. Mais, ça tient.


Les cheveux dans les yeux, les cheveux dans le nez, se recroqueviller en yourte personnelle, se concentrer sur le ventre, là où ça se passe. Broder dessus à l'infini, de la sueur sous la frange, entrelacs sournois. Après, des pulsions féroces contre ces férocement cons de fin de fin. Crispation musculaire. Mon masculin me démange. Alors, iIs rentrent. Je pense, let go, let go, essaie de retrouver la trace d'un autre cluster, et puis non. Une dernière phrase qui coule comme du miel dans l'oreille, le duvet au bord, tout au bord. Je peux repartir à la va-comme-je-te-pousse, en crabe, vers la suite.

Dormir que dalle, de la limonade dans le coeur et ses bulles qui ne cessent d'exploser à mes tympans Les clebs hurlent leur frustration, mais j'ai déjà noyé la mienne. Quand le hâvre toucher, les doigts immergés dans la tiédeur, il y a du bleu partout autour. En dégoulinures joyeuses.
Dans l'air, des accents manouches et le métal en fusion, attendri, a pris de drôles de contours. Est-ce que ce sont vraiment les miens ?

Pourtant, tout au bout de la jetée, l'amie monstre a jeté son dentier, plouf. Morte peut-être, morte encore, mais une partie de la terre a bu son sang et quelques fleurs rigolent à ras-terre de se savoir issues d'elle. Petites fleurs bleues, toutes petites, un peu amochées, un peu de traviole. Mais tendues comme des doigts au-dessus de la surface, malgré l'entaille à leur sourire kabyle, la balafre qui tire encore un peu sur ses fils.

28 septembre 2009

Vi-kings of darkness


Des pieuvres dans le thorax, encore ; des preuves qu'il va falloir attendre. Attendre quoi ? Comme un rendez-vous dont on est sûr qu'il va se rater, qu'il va faire comme les ciseaux, snipsnip. Je pose déjà des bribes de pensée raisonnable sur le tourbillon qui menace. Qui a menacé. J'y invente des coins, je les prends, un par un, et je les plie, vers l'intérieur. Expansion interdite. De toute façon, se reposer, il faut. Mais en bout de plongée dans l'aquarium à miasmes, on manque de sec, on manque de dur pour appuyer les talons. On remonte. A l'air libre. Et on voudrait courir.

Impossible de savoir, mais au dernier moment l'appel se fait entendre. Le truc qui gigote, le petit pogo interne. Un cocktail d'avant, un cocktail oublié qu'il me rappelle, celui qui me binôme toujours. Un peu plus de Coca, nonobstant. Des filles avec des cheveux arrivent. J'admire. La générosité faite parure flamboyante. Mais les bulles violettes ont fait leur office : dérouler le corps et se transporter en sous-sol désert. Ah non, il reste quelques habitués en uniforme. Plaisir de l'inattendu...

Souvenirs effilochés, facile souplesse, les philtres font leur office. Je dis "ouais, mais j'aime pas". Je dis ça. Et je fais le contraire. Typical. Plus loin, toujours plus loin. Mes brebis éparses, dans des prés à chardons, dans des prés à varech, dans des prés à loups. Séparer le bon vrai de l'igrain. Mais, après. Show me, show me with the right lights. En début d'après-midi, il faut faire avancer le troll et je me rends compte que je me suis plantée. Mal anticipé, mal traduit. Et c'est le plaisir de se faire redresser la certitude qui vient. De ceux qui sont trop rares pour dévisser les règles. Mais, justement.

Etendues suédoises qui reviennent nourrir la flottaison cotonneuse ; étendues glacées à perte de vue mais je cherche les infrabasses. La lourdeur du côlon, le plomb dans le grêle, l'enclûme au fond des viscères. Le cri continu des canines en fond de pseudo-sommeil. A peine debout, à peine, reprendre les roues et sillonner les quartiers chics pour parer au dénuement qui menace. Cuir et clous au milieu des paillettes.

Dans la ville d'avant, les repères se déplient au fur et à mesure. Vingt ans plus tard, plus de vingt ans plus tard, tout a changé, mais pas vraiment. Je me perds, mais pas vraiment, ou tout du moins autant qu'avant. Les scouts font des yeux ronds tandis que des crânes baillent dans les murs, mais tout est normal. Des griffes plantées dans les orteils, sous le plaid, je sombre en foetal, le froid qui grignote et des hymnes endeuillés dans les enceintes en buildings. Saucisses purée obligatoires, plus rien, plus rien que de l'économie de survivance. Comme de l'eau en dessous, une mare de ressorts ondulant flocfloc, inconscience post-opératoire.

Dans l'autre monde, celui des biceps encrés et des abdos de métal, la sueur coule en sillons obstinés et je commence à rigoler. Tout le lest lâché fait la légèreté qui colle comme la peau de la bête aux os muets. Plus la raquette, plus les plumes, mais le félon sourire du puma au coup de patte affûté, après le feutre de la détente. Sans bavure, l'arrimage à la jugulaire. Smatch définitif. Je compte les osselets et la nourriture interdite je me mets dans le corps. Le prix à payer, je le connais. Je le paye. Sans sourciller.

En tanière, le moelleux sous les reins, le mépris en drones s'infuse et c'est Noël et sa corne d'abondance. Le corps de chauffe pantelant donne ce qu'il peut. Je fais les boules et les guirlandes toutes ensemble. Ma propre méditation transcendentale, ma propre lévitation. Trouvé le switch-off. L'hiver n'a qu'à bien se tenir.


18 septembre 2009

Nez à nez


Je veux dormir dans tes bras. Je veux rétrécir et dormir dans tes bras, entre tes bras. Je veux que tu penches la tête vers moi et que tes cheveux dégoulinent, en mousson, sur mon front. Qu'ils flottent doucement comme s'il y avait du courant. Et moi en dessous.

Je veux que tes mains fines et nerveuses redessinent mes contours, les inscrivent dans l'espace. Qu'elles disent la peau, sa croûte de velours, le satin de son crin. Je veux que tes mains m'englobent, qu'elles tissent une bulle transparente tout autour, dans laquelle tu me ferais suspendre.

Je veux que de tes oreilles jaillissent des armadas de Sphynx tête-de-mort, en escadrilles. Je veux que de tes yeux roulent des torrents poissonneux, aux argents chatoyants, aux arêtes vives. Qu'ils me baignent et me rebaignent. Qu'ils soient frais et iodés et qu'ils sentent la vase mûre.

Je veux compter tes cheveux. Un par un. Leur donner un nom, Pierre, John, Adam, Marie, Antoine, Joseph, Malik, Anémone, Ide. Je veux voir à quel moment les blancs se détachent des noirs et que tu m'expliques pourquoi. Que tu me racontes leur histoire. A chacun.

Je veux que tu traces une ligne droite de haut en bas de moi. Une ligne vraiment droite, sèche et droite. Un fil à couper le beurre qui pourrait me couper le beurre si je bougeais un peu trop. Mais je ne bouge pas trop. Alors, le fil reste là.

Je veux que de ton nez souffle l'encens, pur et nuageux, salvateur.
Je veux que de ta bouche, chchcht, que de ta bouche, rien, non, chcht.

La main fine et sèche dans ta main fine et sèche, on marcherait vers le Mont Saint-Exupéry, là où naissent les avions. Quand ils sont tout petits, ils font des cris de filles et on peut les prendre dans ses doigts. On les regarderait s'entraîner et se casser la gueule, s'entraîner et se casser la gueule. Et tu tournerais tes immenses doubles lacs vers moi et je me croirais en manga, et je ferais "hihihi" comme elles font en manga et je te tournerais le dos.

Alors, tu poserais une main fine et nerveuse sur ma nuque et tu me tirerais doucement vers toi. Ton torse-poil et toi. Et je me poserais petit à petit. Je me laisserais reposer contre. Je respirerais ton entre-intérieur, je fermerais les yeux et je rétrécirais, et je m'endormirais. Entre tes bras. Un Sphynx sur la narine gauche.