16 juillet 2016

Barbarism begins at home



Un jour à réécouter les Smiths, à sentir l'hermaphrodite nobullshitteur reprendre possession, un jour de fuck, un jour de punk comme il y en a moins, parce qu'il faut une naïveté à bafouer pour avoir envie de se révolter, une maladresse fébrile comme il n'y en avait plus, les mots qui sortent n'importe comment, comme avant, quand j'y arrivais pas. Merci, poignée de mains, au revoir, la fuite bredouillante, l'oeil englué de pommade et le cerveau en bouillie.

Un jour qui commence par du gris, parce qu'il est poli, et qui se révélera plus tard, dans son outrageuse évidence jaune et bleue. De nouveau devenue grande, de nouveau à la place de ceux qui sont responsables, de nouveaux des problèmes en perspective, du type de ceux dont on se fout comme de l'an quarante, de type pratique, des négociations, des roulages de mécanique en perspective, de nouveau la confrontation avec la testostérone crasseuse, les passe-droits et les magouilles, les abus de faiblesse et les menaces sourdes.

Mais voilà, ils disent que je devrais être contente. Je devrais l'être. Je le suis peut-être, pendant que se resserre la corde sur mon cou. Tout à l'heure, je me surprenais à ressentir autre chose, une furtive envie de reprendre tout ça en main. Petite fantaisie du soir et du matin, sûrement, alors qu'il faut de nouveau voir de vrais gens d'avant et que j'y suis si mal préparée.

En attendant, mon avenir est ici pour quelque temps, mais c'est comme s'il voulait s'arrêter et je ne sais pas si je peux encore me le permettre. Et c'est comme si je revenais en arrière. Et c'est comme si j'avais fini par les tuer, à force, le vertige d'acter un fantasme. Oh, et recommencer à chanter. Le soulagement de ne plus avoir avoir à mener tous ces chantiers en simultané, sûrement. Wait until you know better. Wait and take notes. De toute façon, il n'y a rien d'autre à faire : vingt ans devant soi pour accepter.




3 juin 2015

Mare Nostrum

Les voyages. Le vent, la mer, discrète, les nuages, vos clopes dans mon nez, alors mes clopes aussi. Les voyages, la mer discrète ou la neige fondue, jamais ce qu'on va chercher, mais le vent et les étendues et des épaules pour porter. Il faut qu'il se passe quelque chose, quelque chose dans le ventre pour que ça cause. C'est pas les chimies, c'est pas le rythme, c'est pas l'annihilation par les cons plein de frics, c'est l'amour qui dicte, ou ce qui pourrait y ressembler de loin.

Au seuil de savoir si oui ou non on va se faire croquer par la grosse machine hospitalière, on revient en arrière, bien sûr. On hésite : on se permet tout et puis on recule, horrifiée, et puis si, et puis non. Et puis si, quand même, une tendance s'installe. Une tendance comme avant en plus mesuré mais en moins monastique, la normale ayant épuisé ses séductions fades.

Les rythmes se réaccélèrent, ça crie un peu plus dans les enceintes, les textes se disent, faciles, adolescents, débiles et creux. Le here and now des bouddhistes conjugué à la sauce qui gratte, mais quand même des prévisions irréalisables plein la besace, comme si on venait de réaliser. Qu'il y a plus le temps pour tout faire.

L'impression de redite se précise et c'est pour ça qu'on n'écrivait plus aussi. Et c'est pour ça qu'on s'en fout un peu de nouveau, momentanément. Une nouvelle compatibilité, pourtant, du type de celle qui restera circonscrite entre deux jours et une nuit. Pendant des heures, j'ai dit "incroyable", presque sans discontinuer, j'en étais soufflée. Par rapport, l'ouverture de bal féminine, un apéro qui aurait dû servir de repas. Les bonnes manières oubliées sur le champ et la double vexation assénée direct. Non merci mais je préfère autre chose, cette autre chose dont tu vas être un peu témoin ou que dont tu vas sûrement imaginer les moindres détails, après. La franchise atroce qu'on a quand il est tard et qu'on l'a désinhibée.

Pourtant, j'avais raconté la meurtrière étroite qui me servait de prisme à plaisir dans les occasions faites pour. Comment je suis mauvais public quand il faut un public. Et meilleur quand tout le monde est couché. Ce décalage permanent qui n'est pas une posture savante, mais une malédiction. Celle de ne pouvoir dire, justement, sur le moment.

J'avais expliqué cette difficulté qui s'applique à tout. Aux lèvres comme au son, aux odeurs comme aux mots, aux gestes et aux silences, aux environnements, aux idées. Contre l'homme qui parle tout le temps et qui connaît tout le monde, l'homme qui dit rien. Contre l'homme à l'intérieur raffiné, orientalisme pourpre, bons mots, bons crus, bonnes éditions, celui qui sait même pas que dans une maison, on peut mettre des meubles pour ranger les trucs qui agonisent en tas par terre. Contre celui qui me propose le tissage d'une petite poésie maritime, celui qui s'arrêtera là, sans un mot.

Et puis ce défilé de bras cassés au charme défaillant, au charisme de planche à découper et à la propreté douteuse. Ce défilé de corniauds de la SPA prêts à se jeter toute langue dehors sur la première maîtresse un peu accorte qui passe. Je dis pas, ils m'ont ramené une peu à la vie. Et peut-être que je leur ai ressemblé à un moment aussi. Le dégoût de se voir dans un miroir, alors qu'on a déjà plus de visage. J'en avais plus que soupé.

Alors quand, au bout du voyage, le bois dont étaient faits mes anciens feux refait entendre ses craquements et sourdre ses résines, et même si l'allumette n'a pas été grattée, le plaisir est le même. A la différence qu'il est plein et rond et doux comme un monde duveteux auquel je ne saurais appartenir. Une collision dans le vent et puis s'en vont, contents.

29 octobre 2014

Sorcière

Je suis l'humeur noire qui plane au-dessus de ta tête,
Le corbeau rieur, le merle moqueur, la fumée de benzène.
Je suis celle qui va te rappeler à chaque fois
A quel point tu es faible, parce que plus faible que toi.
Et pourtant, quand j'apparais,
Sur ton scalp les cheveux se dressent.

Je suis la froide limande, la limace au long cou,
Celle qui se love dans les cols en hiver,
Celle qui lèche les pourtours, son sillage gluant,
Sa mine de travers, et chacun de se dire
Mon dieu, est-ce que ça va pas bientôt finir ?

Je suis l'espiègle épingle qui te cingle
Le flanc et l'aine, là où se loge la tendresse,
Là où c'est doux et offert, je pique tant que je peux,
Pour que tu te souviennes que rien ne vient gratuitement,
La soie, pour toi, et la laine pour les mauvaises graines.

Je suis la pourfendeuse de mots, l'hétéroclite anachorète,
L'espingouine atmosphère où ça jacte et ça caquète.
Je suis multilinguiste et plus encore, je bave multipare,
Et quand tu t'étrangles sur les joliesses, c'est moi
Qui te brise l'échine et le reste.

Omaha Beach, tu verras, le soin apporté
Aux anciens des bacs à sable, aux amputés
Et aux saumons, qui n'ont rien à faire là.

Omaha, comme un rite chamanique
Et ta mère en slip devant le Prisunic.

27 octobre 2014

Fin de semaine

Dis-moi ce que tu vas trouver ailleurs. Cet autre toi qui n'existe pas, cet espace où te développer qui n'est logé que dans ta tête et qui, tant que tu ne le projetteras pas comme un film devant toi, n'existera pas.

Qu'est-ce qu'il y avait donc de mieux ailleurs ? Une rationalité. Un moyen de préserver ses moyens. Mais pour le reste ? Une solitude plus grande encore, certainement, une frustration et une tristesse plus grandes encore. Et tu te dis que ça pourrait t'aider à faire les choses que tu n'arrives pas à faire. Que ça te filerait le kick du désespoir. Sûrement. Mais tu occultes ce que tu ressentirais, pour autant que ce soit encore possible. Tu oublies que ça pourrait être sacrément désagréable et que le kick viendrait de là. Mais qu'on n'est pas fait pour ça. Que tout notre être cherche à éviter les situations désagréables. Et toi, tu t'y fourrerais sciemment.

A force de chercher de l'humain et du doux là où les humains doux cherchent des putes, tu fatigues, bien sûr. A force de croire que les gens doivent te répondre à l'heure dite et de t'effondrer si ce n'est pas le cas, et ensuite de ne plus rien en avoir à foutre, à force de chercher le diamant dans la bouse et quand tu le trouves, parce que tu le trouves, de t'apercevoir qu'il n'a aucune intention de sortir de la bouse, ou qu'il n'en a pas les moyens - et on t'a sonnée ? - tu fatigues, c'est sûr. Mais pas encore assez.

Il faudrait totalement abandonner. Tu l'as déjà fait et ce que tu as vu, c'était pas autre chose, comme ils te le prédisaient, c'était pas une autre force, une autre manière, non, c'était le vide, le néant, la mort. Derrière les mirages, derrière les licornes et les chatoiements cachés sous des couches de poussière, il y a ça : rien. Et c'est pas possible. C'est juste pas possible. Autant arrêter tout de suite.

Ils ont beau briller de mille feux quand ils se laissent manipuler, leur seule ambition est de se rutiler l'intérieur, et de retrouver leur cocon de boue. Elle ne coïncide pas. La multiplication des étincelles ne leur dit rien, ils veulent garder les leurs, elles leur suffisent. Tu n'as rien d'autre à leur renvoyer que leur propre image, à l'infini. Ils ne te voient pas, tu es eux en mieux ou tu n'es pas. Pire, tu es la surface réfléchissante, le Mirror sur lequel on se frotte pour mieux briller, un côté, un autre côté. Une fois qu'ils ont servi, on range le chiffon et le produit sur l'étagère. Un produit n'a pas d'âme et s'il en a, qu'il en parle à d'autres produits. Ailleurs et à un autre moment.

18 octobre 2014

Ya du monde sur la corde à linge

Dis, y'a quoi derrière la ligne ? Sûrement un truc qu'on doit pas voir, qu'on doit pas sentir, dont il faut pas parler. Dis, y'a quoi avant la ligne ? Avant la ligne, il y a l'ennui, l'envie et l'ennemi. Que des mots qu'on aime pas. Est-ce qu'il y a moyen d'être des deux côtés à la fois ? Non. Non, non. Ah. Pourquoi ?

Dis, pourquoi tu cherches toujours à tout savoir, pourquoi la question appelle toujours une autre question, pourquoi ça te fascine, cette avancée dans le savoir ? T'as encore 5 ans ? Oui, ça doit être ça. Tu es restée bloquée. Tu crois qu'on apprend, tu crois qu'on progresse et tu vois pas que pas toi. Tu veux savoir de tout sur tout le monde, tu troues tout avec ton rayon laser, mais tu te rends pas compte que tu savais rien sur toi. Ou pas vraiment. Maintenant, tu sais. Alors, arrête.

Being a good girl

Tu laisses tout derrière, petit à petit, ce qui avait fait ta joie, ce qui avait nourri tes nerfs, ton intégrité, ton courage, ce qui soulevait les voiles de tes nuages, tu laisses tout derrière et tu t'étonnes ?

Les aventures rangées au fond du sac de découchage, les allées et venues muselées et à pied, avec des jambes qui ne marchent plus, le sourire ridé, le souffle, ohlala, que de souffle, mais rien à l'intérieur. Souffler quoi ? Au pire un bon gros fromage au petit veau qui appelle sa mère. Tout interdit. Tout mauvais. Plus rien de possible, tu vas rester comme ça, aseptisée et malade, malade de rien, à te traîner, avortonne, molle et acceptée, combien de temps ? Jusqu'à la fin, c'est le plan. Une fin en forme de fourmi troglodyte, transparente et chitineuse, un lumignon au-dessus du groin, éventuellement, avec beaucoup de chance.

Tu te replies sur tes plis, tu te recroquevilles au fond de ton lit, triple couette en kevlar, on viendra pas te chercher là, on venait pas te chercher avant, mais au moins, tu prenais la route. Est-ce que c'est ça ? Est-ce qu'il suffit de reprendre la main sur tout, de savoir se faire le mal de la frustration à l'infini, de ne plus rien tenter, de ne plus rien vouloir trop fort pour passer inaperçue, pour que plus jamais les sorcières, plus jamais les bizarres, plus jamais les secousses qui moussent, les autres, toujours leur avis en point de mire, qui te font et te défont, alors que tu existes déjà si peu.

Est-ce qu'il n'est pas un peu trop tôt et cette éternité que tu t'es creusée à la force du poignet, est-ce qu'elle a un goût, est-ce qu'elle rime à quelque chose alors que tu existes déjà si peu ?

Tandis que le soleil refaisait sa danse de Saint-Gui sur l'eau et que les foulques flûtaient leur petite quête de l'algue parfaite, tu as peut-être compris qu'il fallait que ça cesse. Que tout ce bonheur que tu te promettais, qui existe peut-être pour d'autres, cette gentillesse torve, ce regard de travers et tout ce sport qui te tend les muscles dessous, mais dessus c'est toujours aussi affreux, flasque et mollusque, tout ça, ça va pas. Ça n'empêche pas les spécialistes de te trouver encore trop d'imaginaire alors qu'il ne s'exprime plus, alors qu'il fait comme une bonne grosse vase sous ton ventre en forme de groseille, alors que plus rien ne se dit avec les jolis mots, alors que plus rien n'a envie de se dire, pas forcément avec les jolis mots, alors que plus rien ne veut. Tout est devenu potentiel. Potentiel et muet, comme une bonne grosse gentille fille, un truc bien rangé et qui ne ressent plus que des moignons de lenteur molle, désénergisée, funeste et grise.

Quand elle a demandé un paquet, c'est la seringue qu'on lui a tendu, évidemment. C'est ça qu'il faut. Cette lutte de plusieurs années, ces paliers, ces combats en boule, non, non, je craquerai pas, et puis si, un petit peu, et puis non, je peux plus, mais pourquoi, bon dieu ? 

En rentrant dans le rang de ceux qui font attention, de ceux qui sont grands, en devenant adulte, tu as gagné soit disant du souffle, mais tu as perdu tout ce qui t'inspirait, et la niaque pour aller le chercher et l'énergie pour le dire.

En rentrant de vacances, où tu as tout bien fait ce qui te faisait peur parce que tu as peur de tout et plus rien pour t'aider à sublimer, plus rien ni personne, il a fallu que tu trébuches et que tu te rétames le nez dans les kleenex. Ils sont tous tombés malades, mais aucun aussi fort que toi. Ils tiennent et ils rampent le long de leur quotidien, mais toi, non, tu te laisses tomber en bas de l'escalier dès que tu en as l'occasion et ça ressemble à quelque chose de grave. Il n'y a rien qui te motive, tu surfes doucement et, au moindre écueil, tu te viandes sans faire de bruit. Ils disent que tu es fragile. Toi. Fragile.  Et bien forcée de les croire, avec ça.

En les éteignant, c'est toi que tu as éteinte. Tu croyais avoir réussi à apprécier l'envers du décor, là où il faut focaliser sur le microcosmos, mais c'est faux, tu ne focalises plus, tu oublies les choses dès qu'elles se sont passées, il t'en reste un petit goût suret et tu t'y accroches en pensant qu'il en sortira peut-être quelque chose, mais non, tu t'en fous comme du reste, parce que tu sais maintenant tout maîtriser et que, de toute façon, plus rien n'a de saveur.

C'était toi qui y mettait les couleurs, c'était toi qui y mettait les sensations, et maintenant que tu as choisi d'être morte en attendant de l'être vraiment et pour avoir moins mal quand ça arrivera, tout est égal. Comme eux, ceux que tu aimes parce qu'ils ne ressentent rien et que tu trouves ça tellement classe, tu es devenu un zombie. Et tu comprends maintenant pourquoi ils n'ont pas l'énergie, pourquoi ils sont cruels, pourquoi ils sont seuls, pourquoi il ne leur arrive jamais rien. Et pourquoi ça les déprime quand même un peu, mais à leur manière, très, très édulcorée. Ils n'ont aucune idée du pays que tu as quitté, il n'en auront jamais, tellement c'est l'opposé.

Tu penses à lui, aussi, celui qui s'est arraché le coeur, et qui revient ici pour lire. Combien il doit être déçu. Et soulagé. Que plus rien ne palpite, qu'après le ravage, tout ait été decrescendo jusqu'au néant total, ou à ces ersatz d'amitié lointaine.

Tu ne sais même plus si tu as le choix. Ou s'il va falloir en faire ton deuil. Et pourtant, toutes ces bêtes puissantes, houleuses et flippantes qui réapparaissent régulièrement. Comment t'aimerais leur causer d'un peu plus près...
 

5 octobre 2014

Clic clac

Change d'environnement, change de repères et tout à coup, tu n'es plus un freak. Plus du tout. Ce ne sont plus tes excès, tes hors-limite qu'on pointe, mais tes manques, tes raccourcis, tes fatigues. Encore et plus, on te demande - ou c'est l'impression - et à un moment, tu ne peux plus fournir.

Riding far and high, la force de l'autre, l'envergure de l'autre, sa violence, tu prends en frontal, sans coudières, sans genouillères, le plastron en vrac, la chevelure aux deux couleurs de la négligence. Tu admires des mains et des savoir-faire, tu admires, mais tu restes assise, rompue, vaincue.

Se refaire, il faudrait, concrètement, mais ça file entre tes doigts comme poisson argenté. Tu te sens vieille, vieille et chenue, pas si monstrueuse que ça du tout, quoique toujours inadaptée. La grosse blonde à la télé, là, elle voudrait pas me refaire un extérieur raccord ? Un extérieur joli et avec des portes qui s'ouvrent bien, du silence et de la gaîté en boîte de conserve, rapide et efficace, une cage en verre exécutée de main de maître par ce bon Roro, le meilleur ouvrier de France à moustache ?

Pourtant, je pêche par mes excroissances à crocs et à poils, par leurs vocalises, leurs membres boueux, la saleté, la saleté et leur exigence, musclée et impérieuse. Par quelle loi historique est-ce qu'on se retrouve lié à ces êtres de sauvagerie, si peu adaptés à la vie de la fourmilière ? Par quel salto arrière de la perversion des instincts ? Le manque de chaleur et l'enfant permanent qui crie qu'il veut sa peluche, peut-être.

En convalescence totale, il reste à trouver des techniques pour passer entre les mailles, entre l'urbanité et la terre, entre le sud et le nord, entre itinérance et permanence.

Passage d'anges

Le souffle de l'air dans la flèche de la cathédrale à trous. Chaque bourrasque charrie sa propre chanson, une qui dit oui, une qui dit non. Une qui dit hannn, je sais paaasss. Une qui oscille entre le chaud et le froid, une qui a peur, une qui a encore plus peur. Toutes ces chansons qui s'entrecroisent comme le lierre venimeux de la super-hérotte habillée en vert et qui finissent par s'annuler. Au centre, là où toutes les chansons sont censées converger, c'est le calme plat. On lève les yeux mais y'a rien qui redescend des agitations d'en-haut. Tout se passe loin et ressemble à des fébrilités d'un autre monde.


On se demande si on va s'énerver, on sent l'estomac qui roule, là, le coeur qui accélère, le dégoût, la lassitude. On fait un petit tour sur soi-même, hophop, tralala, et puis on reste là, pantelant, comme si tout ça voulait dire quelque chose. Comme si on connaissait pas déjà la chanson, sous ses travestissements multiples. On sort son kleenex, on s'éponge un peu le front et les cils, et on le remet dans sa poche, comme le voulaient les grand-mères. Le vent souffle encore un peu là-haut, on essaie de le voir passer, on essaie de le remercier de rendre les choses passagères. Et puis on s'en va. Parce que c'est ce qu'on doit faire.


7 septembre 2014

Dans les beaux quartiers, là où les moulures tarabiscotées vous toisent en craquant depuis tout là-haut, les gens aussi sont beaux. Beaux et blonds, cheveux nombreux, épais, sains, regard droit de ceux qui savent leur potentiel. Leur place en haut de la chaîne alimentaire. 

Leurs enfants, même, calmes et gracieux, avec une diction parfaite, malgré les parents qui boivent et qui fument, en ajustant d'une main discrètement tremblante leurs lunettes de soleil estampillées. Je les regarde et je les entends, zone neutre en feutre. Je suis le reporter insoupçonnable, tellement je ne suis pas comme eux, leur gagne trop flagrante. Et pourtant, je hante leurs coursives depuis tellement longtemps que c'en est affolant. J'oeuvre à leur service et c'est pire. Ombre grise, trou noir foré au centre de l'étincelante blondeur, je compte sur ma matité pour disparaître complètement dans le décor.

Dans les beaux quartiers, comme en pays inconnu, on se croit à l'abri de tout. Et puis, un couple passe, et puis ils connaissent ceux de la table d'à côté et puis je lève la tête et je me rends compte que je les connais aussi. Effraction du passé, en bloc.

Plusieurs passés, celui des familles, où les enfants cristallisent toutes les tensions et les vides des grands, et le passé du travail où, déjà à l'époque, les considérations humaines étaient comme des caries aux mâchoires du business.

Avant ça, il y avait juste du soleil et des riches qui s'ennuyaient à mourir.

4 août 2014

Signes

Les chaleurs sur mon cuir : je suis un sémaphore. En vide de vous, en vide de toi, remplie de petites décharges qui zèbrent et vont mourir plus loin, les dernières onces de matière à addiction laissées derrière et un énervement qui dure, depuis, avec le ventre tendu.

Tout et son contraire en même temps dans le même contenant. Quand je lui ai dit que j'étais fatiguée mais que je ne le sentais pas, elle a un peu écarquillé les yeux, la dame. Elle a eu raison puisqu'après je n'ai plus senti que ça. 

Des souvenirs d'autres chimies reviennent par bouffée, à chaque vertige, à chaque saut périlleux des yeux et du cerveau, à chaque appréhension floue et circulaire de ce qui entoure, à chaque agacement dans les jambes. Je ne vois pas bien le rapport et pourtant, ça ressemble tellement. Est-ce que l'un vient réactiver des restes de l'autre ?

Encore attendre pour savoir (ou pour oublier la question).