Tout est pareil. Tout est resté pareil pourtant, les trottoirs gluants, le noir arrosé des petites lumières torves, le froid et la fatigue, incommensurable. Pareil, en pire peut-être. Les fourmis affairées s'agglutinent pareil aux vitrines et aux bas-côtés. Les lapins lapinent pareil sous le vent, sous le grand vent. Je me tâte. Je me sens pareille, emmitouflée dans mon ours, translucide et fugace. Il fait froid. Pareil, je me suis dit, quand j'ai vu approcher l'heure du loup. Et pourquoi pas. Refaire, c'est déjà faire, et c'est pas donné à tout le monde. Pendant ce temps-là, ça soufflait backwards dans les cheveux des indiens politiciens. J'en avais pris note. Les lettres à mettre les unes sur les autres ahanaient, tellement poussives elles devenaient. Au loin, un typhon se levait. J'ai remis ma montre à l'heure et je suis passée au présent. La matière en ébullition, une lave abondante, lisse comme mercure, réfléchissant à n'en plus pouvoir.
Depuis, quand je regarde par la fenêtre, ses deux pans entrouverts, les buildings des riches heures, grisailles hérétiques tendues vers le ciel, les faisceaux cycliques au loin qui déversent leur impudence, je vois des maisons de poupée superposées, leurs maisons et leurs poupées, je vois en dessus, comme si j'étais au-dessus, je vois loin et le vent me plaque tout à coup l'essence au corps. Il y a une main sur mon épaule. Je sens sa chaleur, sûre. Je regarde devant et je vois en dix dimensions se déplier un pays insensé, suspendu en l'air.
Les jours s'enchaînent, tombent comme des mouches fraîchement enculées, se mordent la queue, c'était la nuit et c'est déjà la nuit, de nouveau. Vides de l'estomac, vides des besoins, pures et tendues comme les tambours leur peau, les heures s'allongent, insignifiantes, similaires, pleines. Il y a sûrement un début et une fin, quelque part, un moment où les yeux se ferment, un point d'accrochage qui signera l'individualité, le schisme de corps souverain, mais vite escamotés, leur rondeur ressemble à s'y éprendre au noeud gordien des absurdistes.
Depuis que ça a commencé, la trame s'enroule, en spirales filles de spirales, mères de spirales, miroirs et voltefaces. Lentes glissades à l'endroit, à l'envers, le long de l'autoroute enrubannée chez Moebius, grand huit à l'adrénaline, grand huit aux boosters incandescents.
Rescapés encore, accrochés aux quelques balises qui restent, l'instinct de survie réduit à la portion congrue tandis que filent les couches cotonneuses un kilomètre au-dessus. Rescapés à peine, du sang et des humeurs aspirés, de la transfusion par dizaines de litres, du coma ou c'est tout comme.
Par la fenêtre, je vois la vie dehors, celle qui était mienne, celle qui sera mienne bientôt. Pareille, toute pareille. Mais le noir a le châtoiement du satin et la pluie ruisselle comme baptème. Le froid qui glisse ses grands doigts dans le col appelle ses petits frères, ceux qui ont le sang chaud, et du regard inquisiteur, intrigué, l'or des questions ruisselle encore en paillettes amusées.
A bout de forces, l'extérieur en contingence totale, la menace aux fonctions vitales, la menace à tout ce qui a été patiemment cimenté, brique après brique. Je laisse la masse s'écraser sur les parois et repartir et s'écraser. A peu de choses près, je la guide. Elle est aussi mienne. Les fractures et les clairevoies fragilisent et laissent passer l'air. L'horizon en déploiement, des escadrilles entières de moustiques se forment au-dessus.
Quand la tour de contrôle aura réellement cessé d'émettre, en mode manuel, la mesure des dommages je pourrai prendre, les yeux mi-clos, une mouche dans la bouche. Du boulot pour les bâtisseurs, du boulot pour les énervés, le sourire et l'oeil en coin, volponiens.










