Le paradoxe, les deux pieds dedans. Enfin, de l'humaine humanité crasse, comme une flaque de boue dans laquelle on s'égaierait. Comme une bauge, verrats et truies que nous sommes, magnifique bauge. Jouissive et mortifère.
A la joie de vous voir, de partager ce qu'il y avait dans l'air, cette légèreté et ce pied-de-nez fugace fait au destin, il y avait une toile de fond. Nécessaire ou pas, mais présente comme s'il fallait - et on le sait - que Thanatos agite ses grelots en sourdine pour que la vie fuse. De la joie de vous voir, j'ai gardé des lambeaux enroulés autour de mon corps comme autant d'écharpes de mohair, chaudes et arachnéennes, infiniment subtiles.
Toi, que j'ai vu dans la lumière crue, pour une fois, comme une impossible erreur, comme le support fantastique à mon erreur première, celle de croire, celle de nourrir des espoirs. Toi, que j'ai vu comme inadvertant, englué, statufié dans les mêmes crèves-coeurs redondants.
Et toi, traversé des doutes générationnels, perdu dans les chavirements que nourrit l'accession au trône social, le démembrement et la création du golem qui perpétuera. Le nom comme seule aspérité à laquelle, dans son inaccessibilité stroboscopique, accrocher l'angoisse de répartition, l'angoisse du lien perpétuel, la signature en fin de contrat.
Toutes ces choses que nous devions oublier, ce soir-là, dégager de l'horizon. Ces projections insupportables qui ne devaient pas passer par nous. Un consensus à l'élégance rare, une conjonction de coordination à laquelle les sons minimalistes servaient de parfaite toile de fond. Obligatoire et superflue.
Toi, beaming sous ton pelage d'hiver, ravi de la chaleur ésotérique qui suintait des corps sourds et des historiques enchevêtrés. Jusqu'au bout, jusqu'à l'ivresse finale, debout, là, juste là, point de retour que j'ai cherché toute la nuit. Ta compagnie lycanthrope comme une assurance moelleuse, hyperbole de mes propres attermoiements, non sauvage comme elle a dit, pourtant. M'y noyer, peut-être en fin de soirée. Mais noyée, déjà, plus prosaïquement. Et les grelots, ding ding.
Pas très raisonnable, malgré les nouvelles portes blindées, pas très raisonnable. Je vous ai emmenés. And if a double-decker... mais non. La petite culpabilité d'avoir mené le carrosse en des chemins sinusoïdes. La culpabilité de l'avoir un peu délaissée, mentalement du moins, toute occupée à retrouver ces sensations oubliées de la menteuse camaraderie d'antan. Une douceur, malgré tout, qui a persisté des jours entiers, tandis que se déployait le scénario dramatisant. Tandis qu'ailleurs, les corps et les voracités se disloquaient, en attente.
Depuis, je guette les prémisses, les embryons de cette force qu'il me faudrait, tranquille, imposante, limitante, du coup. Il la faudra. Et si je ne l'ai pas, j'en inventerai une, avatar bancal pour changer, mais peut-être suffisamment bien jouée pour que son fard s'incruste et qu'il serve tout à la fois de rampart et de sémaphore.
Les discussions d'après, en roue libre, encore délestées, encore soigneusement évitantes, mais du coup parler de ce qui était moins dit. Convergence hoquetante, point de condensation des émotions qui cumulaient dans mon ciel intérieur. Un programme fucké et l'agacement que je sens planer en loucedé, les énergies contraires, horizontale contre verticale. Une fatigue abysmale qu'il va falloir museler, le temps de faire la fille matinale.
En filigrane, cristallins et omineux, les grelots n'ont cessé de se faire entendre, forgeant l'épaisseur du chaudron de fonte, cette magnifique bauge où je veux rester et où les gens crient.


